Les Pictos

— Photos polars —

 

« Chez Pictos y a tout c’qu’il faut
De l’art et des photos… »
Il ne s’agit ni de Casto, ni de Confo. Il s’agit des « Pictos », un gang de photographes que le monde noirâtre du Polar s’arrache. En réalité, il ne se l’arrache pas, mais, ces deux zozos (car il ne sont que deux, comme Cartier et Bresson), sont toujours dans les parages avinés des Festivals où se retrouvent la part maudite de la littérature, qui ne peut pas faire autrement (ils sont tellement choux) (ils font tellement peur) que de se plier au moindre de leurs caprices argentico-numériques. Ils sont deux, Vincent et Xavier (par ordre alphabétique, car il est difficile de savoir s’il y a un mâle dominant dans cette bande). Ils ressemblent vaguement à des évadés de Centrale, se comportent approximativement comme des mecs qui vont y retourner (en Centrale), mais font des photos (beaucoup de portraits) tout à fait formidables, à mi-chemin entre Irving Penn et Bill Brandt. Pour ceux qui connaissent. Bref, ces deux gugusses sont relativement bipolaires. En plus, ils font tout à deux, les conneries et les chefs d’œuvre. Un coup, c’est l’un qui est derrière le viseur, un coup, c’est l’autre. Un jour, c’est l’un qui transbahute leur horrible fauteuil rouge, un jour, c’est l’autre. Des fois, c’est l’un qui paie son coup, des fois, c’est l’autre. Et puis ils aiment leurs proies (d’ailleurs, ils les lisent). Et ils ne les font pas, comme leurs honteux confrères, poser la tête placée sur leur poing pour suggérer que leur tête est bien pleine et donc lourde. Ou à leur table de travail, avec un chat dans les parages. Ils les présentent un peu « bertillonés », un peu « fashionweekés » (version Emmaus), un peu « borniolisés » et se démerdent pour leur garder un côté dangereux souvent, inquiétants toujours, mais aussi suffisamment attirants pour que l’on ait envie de lire leurs bouquins. Et lire des romans écrits par des auteurs affublés d’une tronche pareille est une performance. Les portraits des « Pictos » devraient se trouver sur toutes les quatrièmes de couverture (et dans toutes les publications de pub pour les Mutuelles). Et puis, dans le dico, « pictographique » a comme définition : système primitif de communication graphique utilisant des pictogrammes. Je suis d’accord avec l’adjectif « primitif » . Y a qu’à découvrir la gueule des artistes.
Jean Bernard Pouy.


Nos sites

Sites amis